IMPORTANCE DU WAQF (DONATION) DANS LE DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR ÉDUCATIF PAR DR. AHMED AL-AMIN HAJ CHERCHEUR ET EXPERT EN FINANCE ISLAMIQUE

07 Jan

Le waqf est considéré comme un outil de développement durable et une composante essentielle de la finance sociale islamique. De plus, elle reflète la philosophie islamique en matière d’économie et d’investissement. Son objectif est de préserver les ressources financières, de combattre la pauvreté, de répartir les richesses, de diminuer les disparités sociales et de fournir une éducation, une autonomisation et des services sociaux à la communauté.

Premièrement : Définition du waqf

Selon la définition des juristes, le waqf est la retenue du bien et l’octroi du bénéfice à des fins publiques ou privées. En d’autres termes, le waqf consiste à garder le bien pour une consommation en nature, en le retirant de la disposition du donateur et en redistribuant les bénéfices à des fins caritatives. Lorsqu’il s’agit d’un organisme de bienfaisance permanent, son capital est investi et ses produits sont utilisés en tant que donation indirecte, ou s’il s’agit d’un waqf direct, son capital est utilisé. De ce qui précède, il est évident que le waqf peut être direct, comme dans le cas du waqf d’un bien occupé par des élèves. Ou indirect, comme dans le cas du waqf d’un bien à louer, les bénéfices étant alloués aux écoliers. Le Prophète PSL, a encouragé les croyants à la donation, en soulignant que ses bienfaits restent au-delà de la vie terrestre, dans un Hadith authentique rapporté par Abou Hurairah, que Dieu l’agrée, le Messager PSL, dit : « Quand le fils d’Adam [un humain] meurt, son action s’interrompe excepté trois choses : une aumône courante, ou une science utile, ou un enfant vertueux qui implore le bien pour lui. » le savant Ibn Baz a dit dans son interprétation du Hadith: «  Une aumône courante correspond à ce qu’il a donné en guise de don, tels qu’un waqf pour une mosquée où on prie, un bâtiment loué dont les bénéfices sont attribués en aumône, des terres agricoles dont il donne en aumône les retombées, ou quelque chose de similaire. Il s’agit d’une charité durable qui lui sera récompensée après sa mort aussi longtemps qu’elle persistera. » De plus, la charia islamique se caractérise par l’établissement du mécanisme du waqf et sa multiplication, avec le waqf familial, le waqf général et le waqf commun. Il est possible que l’argent du waqf soit constitué d’actifs fixes tels que des terrains et des biens immobiliers, ou d’actifs mobiles tels que des équipements et des transports, ou d’argent qui peut être donné en prêt aux personnes en besoin et utilisé pour dépenser les bénéfices à des fins de waqf. Le waqf a occupé une place historique et culturelle qui englobe différents secteurs, notamment l’éducation, le social, le développement économique et l’environnement.

Deuxièmement : Modèles de waqf dans le secteur éducatif 

En analysant l’histoire, nous découvrirons des exemples concrets de waqfs éducatives dans de nombreuses villes islamiques. On peut affirmer sans exagération que ce levier a joué un rôle primordial dans l’impulsion du secteur éducatif, en établissant des écoles et des bibliothèques islamiques.

1. Les écoles : Le rôle du waqf dans le progrès scientifique et de l’éducation dans notre histoire, s’illustre par le nombre élevé d’écoles (300 au total) financées, par ce moyen de financement, à Bagdad au VIe siècle de l’hégire, tandis que le nombre d’écoles à Damas été de 20 écoles, au Caire au IXe siècle de l’hégire le nombre et de 63 écoles et à La Mecque, le nombre d’écoles s’élevait à 11, et ce qui concerne la Sicile pendant sa  période islamique elle comptait 300 écoles équipées et ouvertes à tous, qu’il soient riches, pauvres ou étrangers, avec un accès gratuit au logement, à la nourriture et à la recherche.

2. Les bibliothèques : Les bibliothèques étaient désignées sous le nom de « magasins des livres » par les musulmans. Il s’agissait d’installations où des donateurs, souvent des rois, des hommes d’État, des savants ou des personnes fortunés, envoyaient des livres ou des bibliothèques complètes. Ces espaces comprenaient également des établissements scolaires, des librairies et des maisons d’édition et de traduction. En plus de livres, ils fournissaient également des salles de lecture, des outils de copie, de l’éclairage, du logement et de la restauration. Selon le voyageur Ibn Jubair, «  les bibliothèques égyptiennes ont fourni un abri et des fonds aux érudits étrangers pour améliorer leur situation, leur hygiène, leur santé et les services domestiques. »

Le géographe Yaqut al-Hamawi (mort : 626 H) confirme également que ce qu’il a écrit dans son ouvrage (Dictionnaire des pays), il l’a principalement tiré de ces livres waqf empruntés d’un de ces locaux, à « Marw Chahidian »). Il dit : «  il était facile d’obtenir ces livres et ils ne quittaient pas ma maison, y compris deux cents volumes, la plupart sans obligation d’hypothèque, et ils coûteraient deux cents dinars. Je me suis senti comblé et avantageux, son amour m’a fait oublier tous les pays et m’a éloigné de ma famille et de mes enfants. Le plus grand avantage, c’est ce livre (Dictionnaire des pays) et d’autres choses que j’ai rassemblées grâce à ces trésors. »

Troisièmement  : La donation éducative en Afrique

L’expansion du secteur de l’éducation en Afrique musulmane – et plus particulièrement en Afrique subsaharienne – était assurée par la donation, de sorte que tous les établissements d’enseignement étaient des waqfs publiques pour les savants, les étudiants et les lecteurs. Les donations éducatives jouent un rôle différent dans cette région, notamment :

1. « Al-Khalawi » : Le Khalwa, singulier de Khalawi, est un réseau de cercles d’études, connu principalement en Afrique. Il vise à transmettre le Saint Coran et les sciences islamiques aux étudiants, qu’ils soient jeunes ou adultes.

2. Les écoles coraniques (les Daara): Pendant toute l’histoire, les musulmans ont fondé des écoles coraniques afin de transmettre le Saint Coran aux enfants, aux personnes défavorisées et aux orphelins. Les écoles coraniques de waqf étaient abondantes dans les villes islamiques africaines, telles que la ville de Tombouctou, de Bourno, Djénné, de Fouta, ainsi que dans le reste du Mali et le royaume du Tékrour. En plus de l’enseignement du Saint Coran et des bases de la science, les Daaras waqf offrait d’autres services tels que la nourriture, les dépenses pour les vêtements et les équipements d’étude. Dans ce contexte, cela s’apparente à ce qui s’est produit dans l’Orient islamique. Le voyageur Ibn Jubaïr dit, qu’au VIe siècle de l’hégire, il était établi au Caire et à Damas des écoles coraniques de waqf dédiées aux orphelins, aux enfants abandonnés et aux pauvres. Il précise ; que ces écoles étaient connues sous le nom de « l’école de la rue » en Egypte.

3. Les écoles arabes : Les écoles arabes sont apparues ultérieurement aux Daara. Ils se développent à la fin de la période coloniale avec une approche plus contemporaine. Dans ces waqfs, on y apprenait, en plus des sciences islamiques et arabes, d’autres domaines, tels que l’histoire, la médecine, l’astronomie et bien d’autres. Actuellement, il y a une chaîne d’établissements qui peuvent être qualifiés de waqfs, comme les écoles d’Al-Falah, fondées par le feu Oustaze Mahmoud Ba, et les écoles d’Al-Azhar, fondées par le feu Cheikh Muhammad Mourtada Mbacké.

Il convient de souligner que le secteur de l’enseignement coranique fait face à de nombreux défis, notamment l’aggravation du phénomène de mendicité de la part de certains qui se prétendent élèves des écoles coraniques, ainsi que l’absence de politiques gouvernementales sérieuses visant à résoudre le problème et à soutenir les écoles coraniques, nécessitant ainsi une modernisation adaptée aux exigences de la réalité. Il est impossible de réaliser cela sans revenir à la solution islamique, en particulier avec le mécanisme de donation, qui est considéré comme l’un des piliers de la civilisation islamique. Et qui est depuis longtemps utilisé par les sociétés musulmanes pour résoudre leurs problèmes éducatifs et sociaux. En somme, le waqf représente une approche islamique novatrice pour soutenir des domaines essentiels de la société, comme l’éducation et le développement, et il peut être une réponse efficace aux défis auxquels font face les écoles coraniques. De plus, le waqf est à l’origine un investissement durable qui doit être préservé et perpétué.  

 

Dr. Ahmed Al-Amin HAJ Chercheur et expert en finance islamique